Ni fait ni affaire

« Travailler sur des projets » résume en quelques mots et assez précisément mon activité préférée. Mais bien qu’elle fut élevée au rang de passion ces dernières années, le non-aboutissement de ces dits projets me laisse un goût amer dans la bouche et m’empêche de savourer la vie.

Dans mon cas, penser à la finalité d’un projet est contre-productif à souhait. Le travail dur et acharné dans le seul but de mettre au point un produit fini est par définition productif, mais la notion de plaisir disparaît, et bien que cela me semble à tout point de vue fantaisiste et enfantin, sans elle, il n’est à mon sens pas possible de tenir sur le long terme.

Moi qui pensais que subdiviser son temps entre mille et un projets ne me permettrait pas d’en finir ne serait-ce qu’un seul. Heureux les gens qui se cherchent, il ne suffit que de continuer à avancer, à son rythme, en récoltant du plaisir le long de cette longue route sinueuse.

Alors pourquoi diable le sentiment d’avoir terminé quelque chose se présente-il si tôt, laissant la place à une terne lassitude ? L’envie de terminer quelque chose, de ressentir le sentiment d’accomplissement, disparaît dès les premiers succès. Une overdose de réussite, trop tôt.

Peut-être que certaines personnes sont vouées à débuter dans tous les domaines, à posséder une connaissance très large mais limitée. Nous sommes des « survoleurs », les gens du voyage des hobbies. Nous avons la passion courte, et la récompense précoce.

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Je n’ai pas écrit depuis longtemps.

Tout est expliqué plus haut : j’ai pris plaisir à débuter quelques articles, et en ai publié un au prix d’un travail plus qu’un plaisir, puis j’ai laissé le reste de côté. Mais aujourd’hui, je reprends plaisir à écrire.

J’ai enfin compris que pour les gens comme moi, il ne faut pas s’en faire d’avoir le plaisir volage. Il faut garder ses plaisirs inachevés proche de soi, ne plus les considérer comme des échecs inachevés, mais plutôt comme de futurs compagnons de route, attendant patiemment le retour de cette si chère et tendre envie. L’existence même de mon site web, barque voguant tant bien que mal au milieu de milliers d’autres dans cet océan digital, est une balise, une étape : elle me rappelle que le temps s’écoule, mais que je suis maître de mon moment.

Je n’ai plus l’espoir de terminer un projet que je commence pour pouvoir me baigner dans une extase de complétion, je ne souhaite désormais que créer, de quelque façon que ce soit, pour que la temporalité de mes créations ne soit plus déterminées individuellement par ces dernières, mais par mon passage en tant qu’être vivant.