« Tu fais quoi dans la vie ? » « Je cherche »


J’ai la haine contre ce système qui m’impose de lui donner 35 heures par semaine sur une majorité des jours de ma vie pour avoir le droit de manger et de dormir sous un toit. Et j’ai d’autant plus la haine envers ceux qui pensent que c’est normal.

La société, le système, la civilisation, une communauté, une entreprise, une organisation, une confrérie, un clan, une collectivité. Tant de mots et de sens différents pour définir le regroupement d’êtres humains en un but commun. La question du pourquoi a fondamentalement changé au fil du temps. Bien que l’isolement ne nous soit pas favorable, et que tout tend vers l’extrapolation de la communication – ce que je ne considère pas comme étant mauvais – je pense qu’il est important de choisir ce que nous ne pouvons décider individuellement.

A l’heure où j’écris ces mots, et dans l’hémisphère nord, il n’est plus besoin de lutter pour subvenir à nos besoins vitaux. Les supermarchés sont remplis de nourriture, l’eau potable vient jusqu’à nous via des kilomètres de tuyaux et nous pouvons nous défendre contre les autres organismes, qu’ils soient macroscopiques ou microscopiques.

Aurions-nous pu atteindre ces buts disparses sans nos constructions sociétales ? Fallait-il, sans condition aucune, que la majorité de l’humanité donne sa vie dans des tâches veines et sans saveur pour que certains puissent progresser dans la quête de la Recherche ? Newton n’aurait peut-être pas pu faire tant de découvertes s’il avait dû passer ses journées dans une mine de charbon. Mais sans déblatérer sur les différentes structures sociétales possibles pour un si grand nombre d’individus, il est clair que seul les travaux liés à la nourriture, à l’eau potable et à l’habitation – en somme nos besoins les plus primaires - sont nécessaires. Cela représente un gros volume, mais combien n’ont pas de travail. Combien effectuent des tâches seulement facultatives pour l’humanité ? Combien n’ont plus besoin de travailler ? Je divaguerai sur mes vagues idées de société alternatives dans un autre texte, ici n’a de place que pour la haine et la rancœur.

La simplicité du postulat de mon premier paragraphe n’est qu’un rejet total, résultat d’une vision extérieure. Bien que cette non-acceptation soit fondée et tangible, il est – je pense – important de se plonger dans les rouages du système, pour en comprendre tout d’abord le fonctionnement, mais aussi ce qu’il est possible d’en tirer comme enseignement, qu’il ait un impact positif ou négatif. Car oui, la société moderne n’est qu’un jeu, dans le premier sens du terme. Un jeu que tous les citoyens jouent constamment, qui possède ses propres règles, lois, entorses et raccourcis.

Nous naissons tous égaux, sur la ligne de départ. La durée de notre préparation, autrement nommé l’éducation, déterminera la puissance de la poussée lors du coup de feu du départ. Un haut diplômé gagnera beaucoup plus d’argent pendant son premier emploi qu’un ouvrier. Ce premier pas dans la vie active représente le plus souvent le salaire minimum de la personne. Sauf cas exceptionnel, il évoluera pendant son parcours sur des offres plus alléchantes et qui lui propose un salaire plus haut.

Cela dit, certaines exceptions existent et sont, ironiquement, assez populaires. Des grands PDG non-diplômés jusqu’aux pâles copies de Cosette à qui le destin a tourné du jour au lendemain. Tous ces gens ne sont point des exceptions : ils ne sont finalement que des joueurs, au même titre que les autres. Ils ont simplement bénéficié de la chance ponctuelle dans certains cas, ou d’un acharnement pour rejoindre le niveau des autres. La notion de classe sociale ou de bonne étoile n’existe plus pour la société moderne : il ne reste que le temps. Deux personnes que tout oppose peuvent finir par obtenir le même poste, le même statut dans notre société actuelle. C’est possible. Seul le temps sépare tragiquement ces deux personnes. L’une d’entre elles n’aura peut-être pas assez de sa longue vie pour pouvoir aller aussi loin que l’autre.

La question de la finalité vient alors faire office de cheveu dans la soupe. Si tous les citoyens jouent, qui gagne ? Comment est-il possible de gagner un jeu qui ne s’arrête jamais ? L’ennui profond que ressentent les hommes qui n’ont plus à se soucier une seule seconde de leurs besoins les plus primaires est un paradoxe. La liberté la plus totale leur a été donnée, mais leur esprit reste attaché à ce que le jeu attendait d’eux. Le jeu est à présent terminé, seul reste les plus pauvres qu’eux sur le plateau. Ils sont assis sur le canapé, voient les autres s’affairer autour de la table, et doivent à présent trouver une autre occupation. La partie est terminée, mais personne n’a pensé à regarder ce qu’il y avait autour ; ce qu’il y a d’autre, mis à part la partie…

Gloire à ceux qui jouent, distraits, lançant leurs dés maladroitement, et, levants la tête vers les cieux, voient la beauté de l’univers dans les astres ; car c’est la même poussière d’étoile qui nous compose tous. Les gagnants, les perdants, le plateau, et les cartes.

Une solution existe pourtant. Elle n’est dédiée qu’à ceux qui pensent que la conscience et l’esprit priment sur nos désirs et notre confort : pour ne pas perdre, il ne faut pas jouer. Mais cela vous retire au passage la possibilité de gagner.